Mayouri Kozé Tracé

Philosophie des abattis

Les auteurs du MKT sont des abattilleurs. En effet, Aucun des auteurs n’a reçu de formation particulière en la matière. Aucun des auteurs n’exerce cette activité en qualité de professionnel mais en dilettante.  Chacun essaye de produire en fonction de sa volonté, de son ressenti.

Comme tout planteur d’abattis les auteurs du MKT s’impliquent et rencontrent des difficultés de tous ordres. Mais ils s’adaptent  et tentent de les transcender.

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Les auteurs s’impliquent et optimisent l’emploi des autres auteurs membres de la famille MKT grâce au principe de solidarité, fondement du mayouri.
La production du MKT bien que récente met en évidence la gestion raisonnée et complexe des ressources naturelles (cultures et traditions guyanaises) et humaines par les auteurs pour pérenniser l’association littéraire MKT). Autour et au-dessus du village MKT, il existe une zone en friche – cultures et traditions guyanaises. C’est cette zone qui mérite d’être mise en culture au sens littéraire du terme. C’est ce que nous essayons de faire au sein du MKT.

Suite au défrichement et au brûlis d’un pan de la tradition guyanaise, les parcelles sont mises en culture pendant 3 mois, 6 mois, ou 1 an : la durée dépend de l’auteur ou du sujet que celui-ci compte valoriser.
L’auteur élabore le plan de semis, avec le choix des variétés et leur répartition dans la parcelle. Il prend seul sa décision en fonction de son expérience pour exploiter toutes les ressources du milieu de manière optimale.

Lorsque la famille MKT défriche plusieurs zones (programmation annuelle du MKT), chaque auteur affecte en priorité sa force de travail à sa parcelle (son ouvrage) qu’il juge potentiellement la plus fertile. (Charité bien ordonnée…  Et puis nous parlons ici de création littéraire. Il est donc normal que chacun se consacre à ses propres travaux avant d’accompagner un tiers).
La deuxième étape importante de cette activité est le sarclage, activité consommatrice de main-d’oeuvre. Je veux parler ici des activités du comité de lecture du MKT qui ne se contente pas seulement de relire, mais qui fait aussi des propositions de modifications ou de corrections. Je veux aussi parler de la période consacrée aux corrections…
Il doit être mené selon un calendrier précis et contraignant, sous peine de voir les mauvaises herbes envahir l’abattis et entraîner l’abandon du projet. Les délais impartis au comité de lecture sont contraignants mais il faut se fixer des limites en tout. Cette règle vaut pour les auteurs qui doivent remettre leurs travaux à une date donnée, s’ils veulent être publiés. Sinon, le MKT passe le  tour à un autre auteur.
Du fait de la faible densité de la population « auteurs MKT », le goulet d’étranglement de la production du MKT est la force de travail. Les surfaces potentiellement cultivables (cultures et traditions guyanaises) sont supérieures aux surfaces effectivement mises en valeurs (très peu d’auteurs guyanais). Un seul auteur ne peut aborder tous les sujets dans un délai court, faute de temps et de moyen. De plus il doit d’abord vendre sa précédente récolte et laisser en friche sa mémoire pour mieux rebondir un peu plus tard sur un autre sujet.

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Les auteurs doivent s’adapter en permanence aux incertitudes pour maintenir la production du MKT. Chaque auteur adapte en permanence ses actions en fonction de son environnement (obligations familiales, sociales…). Il élabore un itinéraire technique unique qui peut différer de ses productions précédentes (changement thématique ou technique –roman, nouvelle, poésie…).
La programmation initialement prévue peut évoluer au cours de l’année en fonction des obstacles rencontrés. Si une parcelle est fortement endommagée (retard d’un des auteurs ou autres inconvénients), le MKT reportera son attention sur les autres pour limiter les risques de baisse de production.
L’échec conjoncturel d’une production ne remet pas en cause la survie du MKT, qui peut s’appuyer sur les autres récoltes et les autres activités de l’exploitation (Section Kozé).

Le système de production littéraire du MKT vise avant tout la satisfaction d’un petit nombre de lecteurs guyanais (membres du MKT ou non, sympathisants).
Plus tard, peut-être, le MKT se lancera dans une production à plus grande échelle !

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Après cette rapide revue, la littérature d’abattis n’apparaît plus comme une pratique archaïque et rudimentaire, mais comme une activité ludique complexe gérée par des auteurs « paysans » volontaires qui  savent s’adapter aux conditions changeantes. Ils optimisent  l’emploi de leurs ressources par des pratiques, dont la solidarité, qui ne sont ni le fruit du hasard, ni celui d’une norme figée, mais celui de leur bon vouloir et de leur savoir-faire.
Les méthodes du MKT conduisent à un paysage globalement forestier, parsemé de petites taches de cultures.  

Notre dernière tache de culture : les nuits de l’anoli, la production de Claire-Edmond Arnaud. L’auteur nous expliquera comment il a exploité sa parcelle.

 

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